Le Top 14, une proie facile de la chute du XV de France ?

Depuis l’humiliation subie par l’équipe de France contre la Nouvelle-Zélande, le Top 14 est désigné comme responsable. En cause, un calendrier trop chargé et une absence de jeunes dans les équipes qui handicapent le XV de France.

Depuis quelques années, le calendrier du Top 14 est continuellement remis en question. La déroute des Bleus en quart de finale a augmenté le nombre de ses détracteurs à commencer par les joueurs eux mêmes (comme Papé). S’il apparaît évident que le nombre de matches est très important, la différence de match n’est pas aussi élevé qu’on veut le faire croire. Les joueurs de la Nouvelle-Zélande évoluent dans le Super Rugby et nombreux sont ceux qui ont délaissé l’ITM Cup, leur championnat national. Dans le Super Rugby, composé de 15 équipes (18 en 2016), le minimum de match est de 16 (17 en 2016). Le joueur moyen All Black de cette coupe du monde dispute 17 matches avec son club soit presque l’intégralité de la compétition phare. En Top 14, la phase régulière comporte 26 matches et un joueur type de l’équipe de France dispute 22 matches en moyenne. La différence est nette, les Bleus jouent en moyenne 5 matches de plus avec leur club. L’accumulation des matches se paye assurément à un moment mais la coupe du monde intervient en début de saison et non en fin comme au football. Une diminution de matches impliquerait une baisse des droits TV  du Top 14. Une question économique plus que sportive. Mais le calendrier n’explique pas tout. Bryan Habana et Drew Mitchell jouant pour Toulon sont décisifs pour leur nation. 18 titularisations pour le Springbok et 26 pour le Wallabie qui ont inscrit respectivement 5 essais en 5 matches et 4 essais en 3 matches…

 

Les All Blacks plus souvent réunis

Philippe Saint-André a souvent regretté le fait de ne pas avoir ses joueurs à disposition. Il faut dire que les clubs français jouent une dizaine de matches de plus en championnat que leur homologue sudiste. Un écart qui se retrouve au niveau national puisque la moyenne de matches des All Blacks est de 29 contre 32 pour les Bleus. L’écart entre les deux nations diminue ce qui signifie que la Nouvelle-Zélande joue plus que la France comme en témoigne les 20 matches nationaux de Kieran Read depuis 2014. Les nations du Rugby Championship disputent 6 matches contre 5 pour les nations du Nord dans le VII nations. Un match de plus en compétition et un test ou deux de plus qui permet à la Nouvelle-Zélande de mieux travailler et de mieux préparer la coupe du monde. Il faut dire que la tournée de juillet de l’équipe de France n’est pas rentabilisée à cause de la finale du championnat de France. De plus le nombre important de joueurs utilisés par Philippe Saint-André n’aide pas à construire un groupe et développer des automatismes. L’instauration d’un groupe France limité à une quarantaine de joueurs plus une dizaine pour palier à d’éventuels blessures pourrait combler le manque de temps à disposition.

 

Des jeunes barrés par les joueurs étrangers ?

Hormis le calendrier qui n’est pas à l’avantage de la sélection, l’accession des jeunes à la titularisation en club est remise en question. Le Stade Français, champion de France, a recruté le demi d’ouverture Morne Steyn mais c’est bien Jules Plisson qui joue le plus. Avec 18 titularisations, le Français (24 ans) a poussé la star Sud-Africaine sur le banc. Une blessure a compromis sa participation au mondial même si cela n’a pas empêché Michalak et Nakaitaci de faire le voyage. Le premier s’est blessé sur le dernier match alors que Jules Plisson a joué l’intégralité des 5 journées du Top 14 pendant la compétition. Le Clermontois était lui blessé avant la coupe du monde mais est resté dans le groupe.

Toulon est souvent montré du doigt. Certes le recrutement cinq étoiles du RCT n’avantage pas les jeunes français mais ce ne sont pas les seuls à en pâtir. Mamuka Gorgodze n’a pas été plus mis en valeur en club (10 titularisations, 16 matches) mais a brillé en coupe du monde. Les principaux rivaux des jeunes toulonnais ne sont pas étrangers mais français aux postes où ils sont le plus nombreux. Un duel Menini-Chiocci au poste de pilier, Bastareaud-Mermoz au centre (avec Giteau) ou encore Sébastien Tillous-Bordes au poste de demi de mêlée. Un championnat attractif permet de multiplier les matches de haut niveau tout en améliorant la qualité des entraînements. Donc si le temps de jeu alloué aux jeunes est moindre, des avantages sont à tirer de cette accumulation de stars.

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